Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/132

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de Job, de Salomon, de Cicéron, d’Aristote, de Napoléon. Mais de la religion pas un mot, mais de la science rien, mais de la législation moins que rien, mais du sort de la femme même silence. Comment avez-vous pu oublier en route ces données premières, ces données foncières du problème ? Vous avez trop de loyauté à coup sûr pour chercher à prendre avantage sur vos adversaires par réticence, ou, comme on dit en langage d’école, par omission.

Serait-ce donc que Dieu compte moins dans l’humanité qu’une statue, la femme qu’une colonne corinthienne, le code qu’un vase étrusque, l’astronomie qu’une pagode indoue, la médecine qu’une période de Cicéron, et la chimie qu’un gémissement de Job sur son fumier ? Celui-là vous connaîtrait bien mal, vous calomnierait bien gratuitement, qui de près ou de loin pourrait vous supposer une pareille pensée.

Par quel caprice donc, et par quel lapsus de plume, toute une part de l’humanité, la plus grande précisément, fait-elle défaut dans ce rapide dénombrement des conditions du progrès ? C’est que, par une pression secrète de votre thèse sur votre esprit, vous avez senti ou plutôt votre erreur a senti en vous à votre insu que si vous prononciez un seul de ces mots de science ou de religion, l’argument allait aussitôt rebondir contre vous, et vous alliez vous blesser avec votre propre flèche comme Philoctète.

N’importe, mutilé ou non, j’accepte le débat comme