Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/135

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entier, a mis aujourd’hui ou tend à mettre partout l’homme de niveau avec la plus haute conception possible de l’humanité.

Car qu’est-ce que l’homme au sortir du berceau ? un être à moitié formé qui a besoin pour son achèvement d’un dernier tour de main appelé instruction. Par l’instruction seulement il tient à distance respectueuse le sauvage, son voisin de figure. Par l’instruction seulement il ramène le passé à sa portée. Par l’instruction seulement il multiplie son âme autant de fois qu’il acquiert une idée ; et grâce à cette acquisition, il revêt en quelque sorte la nature universelle de l’humanité, dernière et suprême expression du progrès. Rome avait raison de donner le nom d’humanité à l’étude. L’étude est l’élargissement de l’individu à la mesure de l’espèce.

Si l’imprimerie a fait preuve de progrès en multipliant le pain de l’âme, elle en a encore fait preuve en arrachant le livre par sa multiplicité même à toute chance de destruction.

Pourquoi la bibliothèque de Persépolis ou la bibliothèque d’Alexandrie a-t-elle en croulant enseveli à jamais une partie quelconque du génie humain ? parce que la lenteur, parce que la difficulté de la copie à la main condamnaient la pensée du poëte ou du savant à circuler dans le monde à un petit nombre d’exemplaires, quelquefois même à un seul exemplaire. Mais quelle torche maintenant ou quel tremblement