Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/153

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patience aujourd’hui et crier confiance, car la raison humaine toujours inspirée, toujours active, et aujourd’hui armée de la presse, de la vapeur, du chemin de fer, du télégraphe électrique, achève ou continue de faire de plus en plus de la famille une âme à deux, de la nation une famille à plusieurs, de l’univers un atelier commun et un marché d’échange. Et puisque j’ai prononcé ce mot de raison, permettez-moi d’évoquer ici un souvenir, non pour la puérile satisfaction de mettre un contradicteur en opposition avec lui-même, mais simplement pour prendre occasion de rentrer avec lui en sympathie d’idée.

C’était à la veille d’une grande date de l’Europe sur le sol généreux où la vigne, plante nationale par excellence, semble verser avec la goutte de vin le patriotisme au cœur de la population. La foule avait pris place autour d’une table comme à la Cène civique de la liberté, pour communier solennellement en corps au nom et en commémoration de la première révolution. Le hasard) ce profond dramaturge souvent, et ce profond metteur en scène, avait voulu que précisément ce jour-là une tempête éclatât dans l’atmosphère. Le vent soufflait avec violence, et avait déchiré la tente du banquet comme il déchira autrefois le voile du sanctuaire. Or, pendant qu’à travers les brèches de la toile en lambeaux, le ciel remué dans toutes ses profondeurs semblait descendre en langues de feu sur la tête des convives, un homme debout, tranquille, illuminé d’éclairs et sou-