Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/224

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sociale, face à face avec la nature, sans autre arme que sa bonne volonté et aussi la pointe de l’aiguillon de la nécessité. Il a donc en quelque sorte l’alphabet de l’industrie à inventer ; mais, pour inventer, il a sans doute à penser ; mais, avant de penser, il a d’abord à vivre. Comment vivre et penser ? Comment trouver sur le temps consacré au corps assez de marge pour développer l’intelligence, si la nature ne vient d’elle-même au secours de l’indigence primitive de l’homme en l’enveloppant d’un climat chaud à défaut d’autre manteau, et en lui mettant en quelque sorte la nourriture dans la main au bout de chaque branche de la forêt ?

Eh bien ! étalez la carte du globe, et cherchez du doigt quelle contrée satisfait à cette double condition de chaleur et d’abondance, et vous trouverez l’Inde, naturellement vêtue de son soleil, et tellement approvisionnée de fruits de toute espèce, que la banane du sage, — du sage ? l’expression est significative — suffirait seule à nourrir une population. L’Inde a donc pu penser, grâce aux premières avances de la nature. Humboldt a remarqué que partout où la banane croissait en Amérique, l’intelligence de la race montait dans la même proportion.

Grâce à ce don gratuit du sol et au droit de loisir conféré par la caste, l’Inde a pu penser à un assez grand nombre de têtes pour donner le dernier mot de cette vie contemplative, de cette prodigieuse métaphysique en action, qui a enfanté sous le palmier, dans la nuit brû-