Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/241

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civilisation chrétienne. Une force continue comme une loi ne saurait avoir un effet discontinu. Son travail peut être latent et en apparence contradictoire ; mais, pour Dieu, qui sait comment la vie couve dans l’ombre et germe dans le sillon, et par quel lien secret elle rattache toujours à une conséquence invisible une conséquence visible, il n’y a dans la marche de l’humanité ni interruption ni intermittence. Voyez la mer à l’heure de la marée : une première vague arrive jusqu’à cette limite, une seconde expire en chemin. Pour l’enfant qui compterait les deux vagues, il semblerait au premier moment que la mer recule. Attendez cependant, et de minute en minute, et de vague en vague, la marée aura bientôt couvert de son immense nappe toute la surface du rivage.

Il y a d’ailleurs la part de la liberté humaine dans le drame de l’histoire. L’homme exerce un droit d’intervention sur sa propre destinée. Et bien que sa destinée marche invinciblement au but fixé par la Providence, il peut cependant, en vertu de son libre arbitre, à un moment donné, et sur un point donné, précipiter ou retarder l’évolution du progrès.

Mais renversons l’hypothèse : supposons avec vous, pour un quart d’heure, qu’après avoir touché la borne du progrès, demain, dans mille ans, n’importe, les peuples vont revenir sur leurs pas, rompre les rangs et reprendre par groupes les chemins des forêts. C’est bien ; Dieu retire sa main de la civilisation, la ronce couvre partout la terre, la barbarie a reconquis son droit d’aînesse. Mais