Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/245

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leur dernier mot, et disparaîtraient à jamais, emportées dans un souffle de l’atmosphère. Nous aurions la nuit de l’âme, et tout retomberait dans le silence.

Vous nous reprochez souvent de prodiguer les miracles. Permettez-nous à notre tour de vous renvoyer l’accusation, car, à coup sûr, vous avez encore plus besoin que nous de multiplier ces coups d’État de Dieu pour retirer l’homme de la civilisation. Nous, du moins, nous le mettons sous la tutelle de toutes les lois de la nature, de la nature extérieure comme de sa propre nature, tandis que, bon gré malgré, vous subissez l’obligation de les renverser toutes pour le précipiter dans la déchéance. Pereat mundus, voilà votre extrémité. Vivat mundus, dirons-nous au contraire, et vivons avec lui en pleine sécurité ; car la nature aimante ne saurait cacher pour nous une perfidie dans son sourire ; pourquoi croirions-nous au mal pour le mal, et à je ne sais quel avenir à contre-sens ? Le jour de Typhon est passé ; de longtemps encore un génie destructeur ne viendra mettre le pied sur la civilisation, comme un enfant sur la fourmilière.