Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/58

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Le globe actuel, comparé au globe ancien, trahit donc un immense progrès dans l’ordonnance et la sculpture de la vie, à en juger par la collection complète de monstres qui avant le déluge faisaient l’intérim de l’homme sur la planète. Les os de l’ossuaire primitif ont tressailli dans la poussière ; et réunis et entrelacés comme au jour de leur existence, ils ont parlé et proclamé leur infériorité sur les races aujourd’hui errantes au soleil. Mais quand nous opposons leur déposition, comme une preuve de fait, une preuve sans réplique à toutes les fables de la mythologie qui versent sur la terre, du premier coup, pour son début, toutes les grâces et toutes les harmonies de l’âge d’or ou de l’Eden, vous répondez simplement : Fait douteux, et vous passez.

La science serait-elle aussi une chimère comme la théorie du progrès ? Cuvier serait-il un visionnaire, et les êtres éteints, ressuscités au souffle de son génie, des spectres de son imagination ? Eh quoi ! lorsque la terre revomit d’elle-même les squelettes de ces premiers monstres, de ces aînés de la création, vous marchez sur tous ces débris, vous les faites rentrer d’autorité dans l’abîme et vous les faites taire comme de faux témoins.

Eh bien ! soit, j’abandonne l’argument tiré du monde antédiluvien, je n’en ai pas besoin à la rigueur. Je prends la terre telle qu’elle est à ce moment, et là encore je vois dans l’ordre de la création la loi de progrès resplendir dans toute sa somptuosité. Voyez plutôt. La