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la guerre des boutons


il en frappant sur ses cuisses et on pourra se passer de payer la contribution de guerre ; on pourra faire la fête avec les sous.

– Mais c’te culotte, qu’est-ce qu’on va en faire ?

– La culotte, trancha Lebrac, laissons-la dans la caverne du tilleul, je m’en sarge[1] ; voué verrez bien demain ; seulement, vous savez, s’agit pas d’aller rancuser[2], hein, vous n’êtes pas des laveuses de lessive, tâchez de tenir vos langues. Je veux vous faire bien rigoler demain matin. Mais si le curé savait que c’est encore moi, y voudrait peut-être pas me faire ma première communion, comme l’année dernière passe que j’avais lavé mon encrier « dedans » le bénitier.

Et il ajouta, bravache, en vrai fils d’un père qui lisait « le Réveil des Campagnes » et « le Petit Brandon », organes anticlériceux de la province :

– Vous savez, c’est pas que j’y tienne à sa rondelle, mais c’est pour faire comme tout le monde.

– Qu’est-ce que tu veux faire, Lebrac ? interrogèrent les camarades.

– Rien ! que je vous ai dit ! Vous verrez bien demain matin, allons-nous-en chacun chez nous.

Et la dépouille de l’Aztec déposée dans le cœur caverneux du vieux tilleul, ils s’en allèrent.

  1. Charge.
  2. Dénoncer.