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Contes des fées.

Comme il y avait longtemps qu’ils n’avaient mangé, elle acheta trois fois plus de viande qu’il n’en fallait pour le souper de deux personnes. Lorsqu’ils furent rassasiés, la bûcheronne dit : Hélas ! où sont maintenant nos pauvres enfants ? ils feraient bonne chère de ce qui nous reste là. Mais aussi, Guillaume, c’est toi qui les as voulu perdre : j’avais bien dit que nous nous en repentirions. Que font-ils maintenant dans cette forêt ? Hélas ! mon Dieu, les loups les ont peut-être déjà mangés. Tu es bien inhumain d’avoir perdu ainsi tes enfants. Le bûcheron s’impatienta à la fin, car elle redit plus de vingt fois qu’il s’en repentirait, et qu’elle l’avait bien dit. Il la menaça de la battre si elle ne se taisait. Ce n’est pas que le bûcheron ne fut peut-être encore plus fâché que sa femme, mais c’est qu’elle lui rompait la tête, et qu’il était de l’humeur de beaucoup d’autres gens qui aiment fort les femmes qui disent bien, mais qui trouvent très-importunes celles qui ont toujours bien dit. La bûcheronne était tout en pleurs : Hélas ! où sont maintenant mes enfants, mes pauvres enfants ? Elle le dit une fois si haut, que les enfants, qui étaient à la porte, l’ayant entendue, se mirent à crier tous ensemble : Nous voilà ! nous voilà ! Elle courut vite leur ouvrir la porte, et leur dit en les embrassant : Que je suis aise de vous revoir, mes chers