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Contes des fées.

de sept lieues que voilà, pour faire diligence, et aussi afin que vous ne croyiez pas que je suis un affronteur. La bonne femme, fort effrayée, lui donna aussitôt tout ce qu’elle avait ; car cet ogre ne laissait pas d’être bon mari, quoiqu’il mangeât les petits enfants. Le Petit Poucet, étant donc chargé de toutes les richesses de l’ogre, s’en revint au logis de son père, où il fut reçu avec bien de la joie.

Il y a bien des gens qui ne demeurent pas d’accord de cette dernière circonstance, et qui prétendent que le Petit Poucet n’a jamais fait ce vol à l’ogre, qu’à la vérité il n’avait pas fait conscience de lui prendre ses bottes de sept lieues, parce qu’il ne s’en servait que pour courir après les petits enfants. Ces gens-là assurent le savoir de bonne part et même pour avoir bu et mangé dans la maison du bûcheron. Ils assurent que, lorsque le Petit Poucet eut chaussé les bottes de l’ogre, il s’en alla à la cour, où il savait qu’on était fort en peine d’une armée qui était à deux cents lieues de là, et du succès d’une bataille qu’on avait donnée. Il alla, disent-ils, trouver le roi, et lui dit que, s’il le souhaitait, il lui apporterait des nouvelles de l’armée avant la fin du jour. Le roi lui promit une grosse somme d’argent, s’il en venait à bout. Le Petit Poucet rapporta des nouvelles dès le soir même, et cette course l’ayant fait connaître, il gagnait tout