Page:Perrault - Contes des fées, 1886.djvu/50

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
50
CONTES DES FÉES.

vait qu’en croire, lorsqu’un vieux paysan prit la parole, et dit : Mon prince, il y a plus de cinquante ans que j’ai ouï dire à mon père qu’il y avait dans ce château une princesse, la plus belle qu’on eût jamais vue, qui devait dormir cent ans, et qu’elle serait réveillée par le fils d’un roi, à qui elle était réservée. Le jeune prince, à ce discours, se sentit tout de feu : il crut, sans balancer, qu’il mettrait fin à une si belle aventure ; et, poussé par l’amour et par la gloire, il résolut de voir sur-le-champ ce qu’il en était. À peine s’avança-t-il vers le bois, que tous ces grands arbres, ces ronces et ces épines s’écartèrent d’eux-mêmes pour le laisser passer. Il marcha vers le château qu’il voyait au bout d’une grande avenue, où il entra, et, ce qui le surprit un peu, il vit que personne de ses gens ne l’avait pu suivre, parce que les arbres s’étaient rapprochés dès qu’il avait été passé. Il ne laissa pas de continuer son chemin, un prince jeune et amoureux est toujours vaillant. Il entra dans une grande avant-cour, où tout ce qu’il vit d’abord était capable de le glacer de crainte.

C’était un silence affreux ; l’image de la mort s’y présentait partout, et ce n’étaient que des corps étendus d’hommes et d’animaux qui paraissaient morts. Il reconnut pourtant bien au nez bourgeonné et à la face vermeille