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CONTES DES FÉES.

jeune reine ; il ne voulut pourtant point la surprendre, et lui dit avec beaucoup de respect l’ordre qu’il avait reçu de la reine-mère. — Faites, faites, lui dit-elle en lui tendant le cou ; exécutez l’ordre que l’on vous a donné ; j’irai revoir mes enfants, mes pauvres enfants que j’ai tant aimés. Elle les croyait morts depuis qu’on les avait enlevés sans lui rien dire. — Non, non, madame, lui répondit le pauvre maître d’hôtel tout attendri, vous ne mourrez point, et vous ne laisserez pas d’aller revoir vos enfants ; mais ce sera chez moi, où je les ai cachés, et je tromperai encore la reine en lui faisant manger une jeune biche à votre place. Il la mena aussitôt à sa chambre, où, la laissant embrasser ses enfants et pleurer avec eux, il alla accommoder une biche que la reine mangea à son souper avec le même appétit que si c’eût été la jeune reine. Elle était bien contente de sa cruauté, elle se préparait à dire au roi, à son retour, que des loups enragés avaient mangé la reine sa femme et ses deux enfants.

Un soir qu’elle rôdait à son ordinaire, dans les cours et basses-cours du château pour y haléner quelque viande fraîche, elle entendit dans une salle basse le petit Jour qui pleurait de ce que la reine, sa mère, le voulait faire fouetter à cause qu’il avait été méchant ; elle entendit aussi la petite Aurore qui demandait