Page:Petit-Breton - Comment je cours sur la route, 1908.djvu/16

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jamais comme un enfant de Buenos-Ayres et où je compte des sympathies qui me sont bien chères.

Ces soirées-là me conduisent fort tard. Je rentre chez moi il est bien près de minuit et demi. Mais je m’en relève facilement. Le sommeil ne compte guère pour un habitué des Six Jours de New-York. Le sommeil ne m’est pas indispensable, et je m’en suis bien aperçu le jour de certaines épreuves que j’ai disputées dans des conditions d’énervement impossibles à décrire.

Au repos, je dors parfaitement et je n’ai, en quelque sorte, aucun souci. Ma vie est exempte de difficultés. Elle est calme. Elle est simple… Il est vrai que je n’ai pas souvent une vie ordinaire !…

Si je compte bien, en effet, il me reste peu de mois dans l’année à vivre de l’air du temps.

Dès le mois de février, je suis à l’entraînement en vue de Paris–Roubaix, une damnée course que je n’ai pu encore décrocher et que je ne décrocherai probablement jamais, mon intention formelle étant d’abandonner le sport.

Je continue ensuite à parfaire ma forme en vue de Bordeaux-Paris. Puis viennent quelques autres épreuves, l’Auto en a toujours plein ses poches…

Enfin arrive le Tour de France, puis le Bol d’Or. Après cela, couronnement d’une saison bien remplie, il faut reprendre le travail et un travail tout spécial, en vue des Six Jours de New-York.

Il va me sembler bon, cette année, de rester définitivement tranquille et de ne plus taquiner mon vélo qu’en bon touriste et, peut-être bientôt, en bon père de famille !

C’est alors que je vais pouvoir suivre le régime que je préconise à tous ceux qui veulent faire des champions : vivre modestement toujours et sans cesse, n’abuser de rien, user de tout ; se coucher de bonne heure, se lever tôt ; et surtout ne jamais fumer. J’ai quelques vices, qui n’en a pas ? Abran lui-même en a ! Je n’ai jamais eu celui-là et c’est un gros avantage que j’ai sur le Père la Victoire.