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DES MANUSCRITS ARABES.

n’avoient pu s’en rendre maîtres qu’après seize mois de siége.

Le dimanche matin [6 juin 1249] les Français se présentèrent devant la ville ; étonnés de ne voir paroître personne, ils craignirent quelque surprise ; mais, bientôt instruits de la fuite des habitans, ils se rendirent maîtres sans coup férir de cette importante place, et de toutes les munitions qui s’y trouvoient.

À la nouvelle de la prise de Damiette par les Fran-

    tiens rompirent le pont : pour lors il résolut de combler tout-à-fait l’embouchure du fleuve, il fit couler à fond plusieurs gros bateaux ; par ce moyen l’entrée en devint impraticable : enfin, après bien des succès differens et un siège de seize mois et vingt-deux jours, les Francs emportèrent cette place d’assaut, l’année de l’hégire 616, et de J. C. 1210. Cette année de l’hégire 616 fut fatale aux Musulmans ; les Francs d’un côté et Djenghis-Khan de l’autre, en firent périr un nombre infini par l’épée ; celui des prisonniers ne fut pas moins considérable. Trois années et quatre mois après, le Sultan reprit Damiette par composition et cette place resta au pouvoir des Égyptiens jusqu’à ce que S. Louis s’en empara, l’an de l’hégire 647, et de J. C. 1249

    .

    Deux années après le départ de S. Louis, sous le règne de Maazeddin-Aibek le Turcoman, premier sultan de la dynastie des Mameluks-Baharites, ou Turcs, le bruit ayant couru que les Francs menaçaient une seconde fois l’Égypte, l’on résolut de détruire Damiette ; cette place fut rasée de façon qu’il n’en resta aucun vestige, excepté la grande mosquée. La ruine de Damiette ne rassura pas les Égyptiens ; et onze années après, sous le règne de Bibars-Elbondukdari, on combla l’embouchure du Nil, afin que la flotte des Francs ne pût pas remonter ce fleuve : depuis ce temps-là les vaisseaux ne peuvent plus entrer dans le Nil, et sont obligés de mouiller au large, hors de l’embouchure ; ils chargent et déchargent les marchandises par le secoui-s des bateaux plats, dont la construction a été introduite pour cet effet.

    La ville de Damiette qui subsiste aujourd’hui, fut bâtie après la ruine de l’ancienne ; elle est un peu au-dessus du même côté ; elle est devenue avec le temps, par son commerce, une des villes les plus considérables de l’Égypte, et l’abord des navires de toutes les nations : elle est à 49 degrés 35 minutes de longitude et 31 degrés 21 minutes de latitude. L’ancienne ville pouvoit être plus au nord de 2 minutes.