Page:Pierre de Coubertin - Chronique de France, 1903.djvu/59

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée
45
de france

au Messie. Avec ce mot d’arbitrage, l’orateur le plus médiocre est sûr de se tailler un succès devant n’importe quel auditoire. Le mot pourtant, ainsi qu’il arrive souvent en pareil cas, a perdu en se popularisant toute précision. L’arbitrage est devenu une sorte de rouage, de mécanisme jouant automatiquement comme la trappe d’un piège et arrêtant net toute querelle internationale. Des préliminaires et des conséquences nul ne se préoccupe. On n’aperçoit plus que l’acte lui-même destiné, selon l’illustre chimiste, à « abolir » la guerre et certain d’y réussir. Mais si cette guillotine ingénieuse est dressée et prête à fonctionner, si d’ores et déjà la guerre est condamnée à disparaître, à quoi bon monter la garde et rester sous les armes ? Arrêtons ce flot d’inutiles dépenses. Désarmons ; tout aussitôt l’agriculture, le commerce, l’industrie fleuriront et devant un spectacle si suggestif les autres peuples, à leur tour déposeront sabres et fusils.

Voilà qui est fort logique ; le Français étant réputé ami de la logique, on pouvait penser chez les pacifistes que cette déduction s’imposerait à lui sans difliculté. Aussi bien tout avait-il été mis en œuvre pour le dégoûter du militarisme ; certaines