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histoire des exercices sportifs

et du spécialisme ; elle rappelle que le temps apporte à la fois à toute institution concours et usure ; elle montre à l’œuvre l’éternel balancier humain qui, toujours en poursuite de l’équilibre, n’arrive à le réaliser que passagèrement sur la route d’un excès à l’autre. Mais elle nous enseigne avant tout que, bien compris et bien dirigés, les sports peuvent constituer la recette virile sur laquelle s’échafaude la santé de l’État. Cette recette-là longtemps perdue de vue va reparaître inconsciemment au moyen âge et consciemment à l’époque moderne.

MOYEN ÂGE

Les rois barbares ne doivent pas avoir connu, même de réputation, le passé grec ; en tous cas ils ne s’en souciaient point. Théodoric voulant plaire au peuple romain lui offrit en 509 une réplique appauvrie des Jeux du Cirque pour laquelle il sembla surtout préoccupé de dépenser le moins possible. Quant à Charlemagne, il chercha à restituer les splendeurs des Thermes. Bon nageur lui-même, il avait parfois jusqu’à cent invités dans sa piscine d’Aix-la-Chapelle et, raconte Éginhard, ce n’étaient pas seulement des grands, mais aussi des soldats de la garde[1]. La tentative fut sans lendemain ; du reste la Gaule romaine ne s’était point éprise du sport si propre pour-

  1. Charlemagne était aussi grand chasseur comme la plupart des princes de ce temps. Un chroniqueur inconnu qui vivait à sa cour nous a laissé de ses chasses une description dont les courtisanesques exagérations n’effacent pas complètement l’intérêt.