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pédagogie sportive

Stockholm où l’on professait que les gymnastes ne doivent pas se comparer entre eux mais que chacun doit se comparer à soi-même. La vague sportive devait, en déferlant sur toute l’Europe, avoir raison de ces théories[1].

L’obstacle le plus redoutable rencontré par la pédagogie sportive fut l’œuvre du corps médical. Après avoir au début mené contre les sports scolaires une campagne d’une extrême violence, de nombreux médecins reconnaissant leur erreur s’y étaient intéressés et avaient dès lors cherché à s’emparer de la direction du mouvement. Ils le jugeaient en effet d’essence exclusivement physiologique. La foule en jugea de même et s’engagea sur leurs pas.

D’une part le commentaire fréquent d’une parole célèbre et malheureuse d’Herbert Spencer proclamant qu’il importe à une nation « d’être composée de bons animaux » — de l’autre les conséquences tirées des documents de Marey sur le mécanisme du vol des oiseaux et des travaux de son disciple Demény appliquant aux exercices physiques l’examen cinématographique, orientèrent à fond l’opinion vers l’animalisme. On se mit à la recherche de la « culture physique rationnelle », nouvelle pierre philosophale. On prétendit découvrir « l’art de créer le pur-sang humain ». On en vint à se demander si, dans l’armée, « la ration

  1. Voici en quels termes la Revue Olympique de juillet 1913 appréciait la nécessité des championnats. « Pour que cent se livrent à la culture physique, il faut que cinquante fassent du sport ; pour que cinquante fassent du sport, il faut que vingt se spécialisent ; pour que vingt se spécialisent, il faut que cinq soient capables de prouesses étonnantes. Impossible de sortir de là. Tout se tient et s’enchaîne ».