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souvenirs d’oxford et de cambridge

tones : cette musique a le cachet mi-théâtral, mi-religieux, qui distingue les chants grégoriens. Interrompus parfois par la lecture des leçons, les chœurs reprennent croisés, exaltés, enthousiastes. La chapelle est pleine et la tenue excellente. Le soleil lance capricieusement de brusques rayons par les vitraux, faisant surgir tout à coup dans leurs tuniques enflammées les graves personnages qu’un éclectisme savant a rassemblés là : monarques, docteurs, ermites : Newton à côté d’Elisabeth, et Henri viii en face de saint Georges.

La rivière, au sortir de Cambridge, fait un coude et revient, élargie, vers la ville dont elle atteint l’extrémité nord : c’est là que sont les boat-houses. Ce sont des pavillons contenant, au rez-de-chaussée, une sorte de vaste hangar où les bateaux et les avirons sont rangés ; et, au premier, des vestiaires et un salon : on y atteint par un escalier extérieur ; devant la maison s’étend une terrasse ; la berge est en bois pour accoster facilement.

C’est un moment d’entraînement en vue des régates qui inaugurent la may-week ; les longs bateaux spécialement construits pour atteindre les plus grandes vitesses passent et repassent avec leurs huit rameurs : il y a là l’équipage du First-Trinity (Trinity a trois clubs) aux couleurs blanche et noire, et celui du Clare college (jaune et noir). D’autres se mettent en route : les hommes de service apportent les avirons et tirent l’immense bateau de dessous le hangar ; avec mille peines et précautions on le met à l’eau, et les jeunes gens s’installent : les voici au milieu de la rivière le corps tendu et prêt à partir comme un ressort quand aura retenti la voix du barrer : Are you ready ? Sur l’autre rive, d’une grande bâtisse en plâtre est sorti un cheval tout sellé : un homme en tenue de canot, avec les jambes nues et la veste de flanelle, saute sur son dos et suit au grand galop, sur la berge, pour inspecter et voir si tout va bien.

Encore un bateau qui apparaît au tournant ! L’équipage est harassé ; on accoste près de l’herbe pour prendre un moment de repos, et les rameurs s’étalent au soleil sans avoir la force de prononcer une parole : tout à l’heure, quand le capitaine donnera le signal, chacun retournera à son aviron sans un murmure ni une observation.

Dans chaque collège, il y a au moins un boat-club ; les clubmen, sans la moindre intervention autoritaire, construisent les boat-houses, équilibrent leur budget, décrètent le montant de leurs cotisations et élisent leurs chefs, tout cela avec un remarquable esprit de discipline et de hiérarchie démocratique. Les cotisations sont ordinairement de une livre, avec une entrée de même valeur.

Le Prince-of-Wales-restaurant est très fréquenté ; la petite salle