Page:Pierron - Histoire de la littérature grecque, 1875.djvu/32

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la Grèce méridionale aient donné aux Piériens le nom de Thraces, sous lequel étaient généralement compris les peuples établis au nord-est de la Grèce. Il y avait de ces Piériens ou Thraces, vers le temps des migrations éoliennes et doriennes, jusque dans la Phocide et dans la Béotie. Ils léguèrent à ces contrées leur culte national. Les Muses s’y fixèrent avec eux, sur l’Hélicon et le Parnasse, et cessèrent de se nommer exclusivement les Piérides. Comment s’étonner d’ailleurs que des aèdes grecs soient nommés thraces, quand la tradition nous montre un roi thrace, allié de Pandion, régnant au centre de la Grèce même ? C’est à Daulis, c’est au pied du Parnasse, que se passent, suivant les poètes, les aventures de Térée avec Procné et Philomèle. Virgile lui-même ne rapproche-t-il pas, à propos d’Eurydice et d’Orphée, le Pénée, l’Hèbre, le pays des Cicons, les rochers du Rhodope et du Pangée, et même les glaces hyperboréennes et les neiges du Tanaïs ? Les anciens, une fois admise l’idée de nord, se donnaient pleine carrière. Les aèdes thraces étaient donc des Piériens, des hommes du pays des Muses, et nés de cette race poétique qui, dans les chants du rossignol, entendait une mère pleurant la mort de son fils bien-aimé, et répétant sans cesse, Itys ! Itys !



Orphée.

Le plus fameux sans contredit de tous les aèdes de l’époque antéhomérique, c’est le Thrace Orphée. Sa légende est dans toutes les mémoires, et d’importants ouvrages sont restés sous son nom. Mais il n’y a aucun témoignage qui prouve réellement son existence. Homère ni Hésiode ne le connaissent. La première mention qui le concerne, dans un fragment d’Ibycus, est postérieure de cinq et six siècles à l’époque où il est censé avoir vécu. Quant aux ouvrages qu’on lui attribue, ce sont des productions des bas siècles de la littérature grecque, pour la plupart contemporaines des luttes désespérées de la théologie païenne contre le christianisme. Le nom d’Orphée n’y était qu’un leurre pour le vulgaire. Je dois dire toutefois que, bien avant cette époque, il courait