Page:Pierron - Histoire de la littérature grecque, 1875.djvu/334

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reste, quand Aristophane débuta dans la carrière, vers le commencement de la guerre du Péloponnèse, nul ne contestait plus aux poètes comiques le droit de traduire sur la scène tous les personnages vivants, avec le masque et le costume qui les rendaient à l’instant reconnaissables ; le droit de les peindre et même de les défigurer ; le droit de médire de tout et de tous ; que dis-je ? le droit de calomnier, d’outrager, d’imputer aux plus honnêtes gens ou des actions ou des pensées honteuses : « L’usage des masques, dit Otfried Müller, et d’un costume varié et très apparent, était commun à la comédie et à la tragédie ; mais rien ne se ressemblait moins que ce qu’on voyait sur les deux scènes. D’après les allusions d’Aristophane, car nous n’avons point de renseignements précis, les acteurs de l’ancienne Comédie différaient beaucoup des acteurs mêmes de la Comédie nouvelle, de la comédie de Plaute et de Térence. Ceux-ci nous sont connus par de curieuses miniatures des vieux manuscrits. Ils portaient à peu près le costume de la vie ordinaire, la tunique, le pallium des personnages représentés. Le costume des acteurs d’Aristophane se rapprochait de celui des bouffons de tréteaux peints sur certains vases de la Grande-Grèce : veste et pantalons collants, rayés de diverses couleurs et rappelant ceux de l’arlequin moderne ; de grosses panses et autres enlaidissements et accessoires d’une indécence et d’une insolence intentionnelles ; toute la figure grotesque voilée par un petit mantelet tout au plus ; des masques enfin à traits marqués, exagérés jusqu’à la caricature, quoiqu’il fut facile d’y reconnaître le personnage réel, au cas où il y en avait quelqu’un dans la pièce. On sait qu’Aristophane obtint à très grand’peine des faiseurs de masques qu’ils lui fissent, pour la représentation des Chevaliers, le visage reconnaissable du redouté démagogue Cléon. Mais c’est surtout le costume du chœur qui avait un caractère fantastique et bizarre. »

La comédie était donc, sous une forme fantastique, l’image ou, si l’on veut, la caricature de la vie publique des Athéniens ; une répétition des scènes de la rue et de l’agora ; quelque chose enfin de vif, de violent, de populacier ; un composé d’ordures,