Page:Pierron - Histoire de la littérature grecque, 1875.djvu/456

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lancées contre Eschine. Justifier Ctésiphon, c’est, pour l’orateur, se glorifier lui-même ; accuser Eschine, c’est provoquer la comparaison, c’est préparer les esprits à recevoir avec confiance les arguments qui renverseront l’échafaudage dressé par la haine. Cherchez dans tout le discours : il n’y a rien qui ne conspire, plus ou moins directement, à mettre en lumière l’idée que je viens d’indiquer ; rien qui ne tourne à la louange de Démosthène et à la confusion d’Eschine. Mais là où Démosthène se trouve surtout à l’aise, c’est quand il raconte ce qu’il a fait et ce qu’il a voulu faire. Tout en avouant que quelque chose lui a fait défaut, il prouve qu’il a opéré des prodiges, et il provoque les acclamations. Je vais citer un de ces passages justement admirés, où la raison et la passion ne font qu’un, pour ainsi dire, et d’où l’évidence semble jaillir en traits de flamme :

« Quelque part que j’aie été envoyé par vous en ambassade, jamais je ne suis revenu défait par les députés de Philippe, ni de la Thessalie, ni d’Ambracie, ni de chez les Illyriens, ni de chez les rois thraces, ni de Byzance, ni de tout autre lieu quelconque, ni dernièrement enfin de Thèbes. Mais ce que j’avais emporté sur ses députés par la parole, lui-même survenant le détruisait par les armes. Et tu t’en prends à moi ! et tu ne rougis pas d’exiger, tout en me raillant de ma lâcheté ; que j’aie été à moi seul plus fort que toute la puissance de Philippe, et cela par la parole ! Car de quelle autre ressource disposais-je ? Je n’étais maître ni de la vie de personne, ni du sort de eaux qui ont combattu, ni de la conduite des opérations militaires ; et c’est de cela que tu me demandes compte ! Quel délire ! Mais sur tous les devoirs imposés à l’orateur, examine-moi comme tu voudras ; j’y consens. Quels sont-ils donc, ces devoirs ? étudier les affaires dès leur principe, en prévoir les suites, les annoncer aux citoyens : voilà ce que j’ai fait ; corriger, autant qu’il se peut, les lenteurs, les irrésolutions, les ignorances, les rivalités, vices où sont nécessairement en proie tous les États libres ; porter les citoyens à la concorde, à l’amitié, au zèle du bien public : tout cela je l’ai accompli, et nul ne saurait m’accuser d’avoir rien négligé de ce que je pouvais…