Page:Pierron - Histoire de la littérature grecque, 1875.djvu/459

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le nom de la mère, est aussi, selon Démosthène, de l’invention d’Eschine : cette femme est une prostituée ; c’est une épousée de chaque jour ; c’est le Lutin, comme on l’appelait de son vrai nom. Et, après qu’il a stigmatisé ces turpitudes, réelles ou prétendues : « Gueux et esclave, s’écrie-t-il, les Athéniens t’ont fait riche et libre, et, loin d’en être reconnaissant, tu te vends pour les trahir ? » Le discours est plein d’allusions plus ou moins piquantes aux métiers où Eschine avait employé sa pénible jeunesse. Vers la fin, Démosthène remet en scène Tromès l’esclave et Glaucothée, qui n’en pouvaient mais ; il rappelle à Eschine le temps où il balayait la classe d’Elpias, et celui où il aidait la sorcière dont il était né à faire des incantations magiques. Eh bien ! ce même homme que la colère entraîne à ces excès indignes d’un sage, sinon peut-être d’un orateur politique, il s’élève sans effort, sans secousse, du sein de cette fange qu’il a remuée, jusque dans les régions idéales, jusqu’à ces pensées surhumaines qui ravissent notre âme hors d’elle-même et hors du monde, et qui sont le sublime, où aspirent si vainement même de nobles natures.


Sublime de Démosthène

« Démosthène présente un argument, dit Longin, pour la défense de sa conduite politique. Quelle était la forme qui s’offrait d’elle-même ?

« Vous n’avez point failli, Athéniens, en vous exposant au danger pour la liberté et le salut de la Grèce. Et vous en avez pour preuve des exemples domestiques. Car ils n’ont point failli, ceux qui ont combattu à Marathon, à Salamine, à Platées. » Mais, inspiré subitement comme d’un dieu, et ravi, pour ainsi dire, par Phébus même, il prononce ce serment où il atteste les héros de la Grèce : « Non, vous n’avez pu faillir ; non ! j’en jure par ceux qui affrontèrent jadis les périls à Marathon ! » On le voit… diviniser les ancêtres des Athéniens, en invoquant comme des dieux ceux qui sont morts en braves, et, du même coup, rappeler à ses juges le noble orgueil de ceux qui ont jadis exposé leur vie dans cette journée, et transformer son argument en