Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/26

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— Cela est certain. — En quoi est-ce donc qu'un sophiste rend habile à parler ? n'est-ce pas sur ce qu'il sait ? — Apparemment. — Qu'est-ce donc qu'il sait et qu'il enseigne aux autres ? — En vérité, Socrate, je ne saurais te le dire.

Comment donc ? lui ai-je dit ; eh ! ne sens-tu pas à quel danger tu vas exposer ton âme ? S'il te fallait mettre ton corps entre les mains d'un médecin qui serait aussi capable de le ruiner que de le guérir, n'y regarderais-tu pas plus d'une fois ? N'appellerais-tu pas tes amis et tes parens, pour consulter avec eux, et ne serais-tu pas plus d'un jour à délibérer ? Et lorsqu'il est question de ton âme, que tu estimes infiniment plus que ton corps, et de laquelle tu es persuadé que dépend ton bonheur ou ton malheur, selon qu'elle devient bonne ou mauvaise, tu ne demandes conseil ni à ton père, ni à ton frère, ni à aucun de nous qui sommes tes amis ; tu ne mets pas un seul moment en délibération, si tu dois la confier à cet étranger qui vient d'arriver ; mais ayant appris le soir fort tard son arrivée, tu viens dès le lendemain, avant la pointe du jour, remettre ton âme entre ses mains sans balancer, tout prêt à y employer et tout ton bien, et celui de tes amis : c'est une affaire conclue, il faut te livrer à Protagoras que tu ne connais point, comme tu l'avoues toi-même, et à qui tu n'as