Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/303

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


la violence d’une main puissante, et elle la légitime. J’en juge par les actions d’Hercule, qui, sans les avoir achetés…[1] Ce sont à-peu-près les paroles de Pindare ; car je ne sais point cette ode par cœur. Mais le sens est qu’Hercule emmena avec lui les bœufs de Géryon, sans qu’il les eût achetés ou qu’on les lui eût donnés ; donnant à entendre que cette action était juste, à consulter la nature, et que les bœufs et tous les autres biens des faibles et des petits appartiennent de droit au plus fort et au meilleur. La vérité est donc telle que je dis : tu le reconnaîtras toi-même si, laissant là la philosophie, tu t’appliques à de plus grands objets. J’avoue, Socrate, que la philosophie est une chose amusante, lorsqu’on l’étudie avec modération dans la jeunesse. Mais si on s’y arrête trop long-temps, c’est un fléau. Quelque beau naturel que l’on ait, si on pousse ses études en ce genre jusque dans un âge avancé, on reste nécessairement neuf en toutes les choses qu’on ne peut se dispenser de savoir, si l’on veut devenir un homme comme il faut, et se faire une réputation. Les philosophes n’ont en effet aucune connaissance des lois qui s’observent dans une ville ; ils ignorent comment il

  1. Voyez les Fragmens de Pindare de Schneider, p. 108.