Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/46

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de l’union sociale. Mercure demanda à Jupiter de quelle manière il devait faire la distribution de la justice et de la pudeur. Les distribuerai-je comme on a fait les arts ? or les arts ont été distribués de cette manière : la médecine a été donnée à un seul pour l’usage de plusieurs qui n’en ont aucune connaissance, et de même par rapport aux autres artisans. Suivrai-je la même règle dans le partage de la justice et de la pudeur, [322d] ou les distribuerai-je entre tous ? Entre tous, repartit Jupiter ; et que tous y aient part. Car si la distribution s’en fait entre un petit nombre, comme celle des autres arts, jamais les villes ne se formeront. De plus, tu leur imposeras de ma part cette loi, de mettre à mort quiconque ne pourra participer à la pudeur et à la justice, comme un fléau de la société.

C’est ainsi, Socrate, et pour ces motifs que les Athéniens et les autres peuples, lorsqu’ils délibèrent sur des objets relatifs à la profession du charpentier, ou à quelque autre art mécanique, croient devoir prendre l’avis de peu de personnes ; et que, si [322e] quelqu’un n’étant pas du petit nombre de ces experts, s’avise de dire son sentiment, ils ne l’écoutent pas, comme tu dis, et avec raison, à ce que je prétends. Au lieu que quand leurs délibérations roulent sur la vertu [323a] politique, qui comprend nécessairement la jus-