Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/539

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ni bon ni mauvais, il ne saurait être aimé de son semblable ? — Nullement, à ce qu'il paraît. — Il s'ensuit donc [217a] que l'amitié n'a lieu qu'entre ce qui n'est ni bon ni mauvais et le bon. — Cela me semble nécessaire. — Eh bien, mes enfans, ajoutai-je, où pourra nous mener le raisonnement que nous venons de faire ? Prenons un exemple : le corps en bonne santé n'a besoin d'aucun soulagement ni de l'art du médecin ; il se suffit à lui-même, et nul homme en santé n'aime son médecin, précisément parce qu'il est en santé. N'est-il pas vrai ? — Oui. — Mais c'est bien plutôt le malade, à cause de sa maladie ? — Sans [271b] doute. — Pourtant la maladie est un mal, tandis que la médecine est quelque chose de salutaire et de bon ? — Oui. — D'un autre côté, le corps, en tant que corps, n'est ni bon ni mauvais ? — Cela est vrai. — Or le corps est forcé, à cause de la maladie, de s'attacher à la médecine et de l'aimer ? — Je le pense. — En ce cas, ce qui n'est ni bon ni mauvais devient donc ami de ce qui est bon, à cause de la présence du mal ? — À ce qu'il paraît. — Mais il est évident qu'il ne faut pas attendre que la présence du mal l'ait rendu mauvais, car alors, [217c] devenu mauvais, il ne pourrait plus désirer le bon et lui devenir ami, puisqu'il est impossible, suivant nos propres affir-