Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/545

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à nos yeux et ne nous induisent en erreur, tandis que lui seul est l'ami véritable. Examinons un peu. Quand on attache un grand prix à quelque chose, supposons par exemple un père qui préfère son fils à tous les biens du monde ; n'y aura-t-il pas quelque autre objet auquel ce père attachera aussi un grand prix par suite [219e] de son amour pour son fils ? ainsi, vient-il à apprendre qu'il a bu de la ciguë, il fera grand cas du vin, s'il pense que le vin peut sauver son fils ? — Certainement. — Il fera grand cas du vase qui contiendra le vin ? — Sans doute. — Fera-t-il donc alors plus de cas d'une coupe d'argile ou de trois mesures de vin que de son propre fils ? ou ne faut-il pas dire plutôt que tout son amour se porte, non sur les remèdes que l'on prépare pour l'enfant, mais sur l'enfant pour lequel on prépare [220a] ces remèdes ? Cependant nous disons souvent que nous estimons l'or et l'argent ; rien n'est plus faux : ce que nous estimons, c'est ce pourquoi nous recherchons l'or, l'argent, et tous les autres biens : n'est-il pas vrai ? — Oui. — Ne peut-on pas appliquer le même raisonnement à l'ami ? car, en donnant le nom d'ami à ce que nous aimons [220b] en vue d'autre chose, nous nous sommes servis, je crois, d'une expression impropre. En effet, le nom d'ami semble n'appar