Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/87

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rible santé, mais bien une terrible maladie, une terrible guerre, une terrible indigence. Peut-être donc que les habitans de Céos et Simonide par conséquent entendent par difficile, mauvais, ou quelque autre chose que tu ne devines pas[1]. Interrogeons là-dessus Prodicus ; car il est naturel de s’adresser à lui pour l’explication des expressions de Simonide. Prodicus, qu’est-ce que Simonide a voulu dire par [341c] difficile ?

Mauvais, répondit-il.

C’est pour cela sans doute, Prodicus, lui dis-je, que Simonide blâme Pittacus d’avoir dit : Il est difficile d’être homme de bien, comme s’il lui eut entendu dire : C’est une mauvaise chose d’être homme de bien.

Quelle autre chose en effet, reprit Prodicus, penses-tu, Socrate, que Simonide ait voulu dire, sinon celle-là, et reprocher à Pittacus qu’étant Lesbien et élevé dans une langue barbare[2], il ne

  1. Raillerie que Socrate fait de Prodicus, qui la prend sérieusement. Χαλεπὸς signifie également difficile, et dur, fâcheux, incommode, mauvais. Pareillement δεινὸς se prend en bonne et mauvaise part, tantôt pour terrible, tantôt pour savant, habile, excellent en quelque genre.
  2. Il est mal aisé de voir sur quoi repose ce jugement d’un homme de Céos contre le langage des Lesbiens qui ont donné à la Grèce les deux grands lyriques Sappho et Alcée. Heindorf conjecture que les diverses populations qui, selon Diodore, V, 81, se trouvaient à Lesbos, avaient pu introduire dans le langage populaire quelque corruption.