Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/89

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dicus, en ce cas, aurait fait de Simonide un homme sans mœurs et indigne d’être de Céos[1]. Mais je veux t’expliquer le but que Simonide me paraît s’être proposé dans cette chanson, [342a] si tu es curieux de voir un échantillon de ma capacité dans le genre dont tu parles, l’intelligence des poètes, sinon, je t’écouterai volontiers.

Protagoras répondit à cette proposition : Socrate, ce sera comme il te plaira. — Pour Prodicus, Hippias et les autres, ils me pressèrent fort de parler.

Je vais donc tâcher, leur dis-je, de vous exposer ma pensée au sujet de cette pièce. Parmi les différens peuples de la Grèce, la philosophie n’est nulle part plus ancienne ni plus cultivée qu’en Crète et [342b] à Lacédémone. Il y a là plus de sophistes que partout ailleurs : mais ils nient qu’ils le soient, et ils font mine d’être ignorans, afin qu’on ne découvre pas qu’ils surpassent en sagesse, tous les Grecs, jouant en cela le même rôle que les sophistes dont parlait Protagoras ; ils veulent qu’on ne les regarde comme supérieurs aux autres qu’en bravoure et dans l’art de la guerre, persuadés que, si on les connais-

  1. Les habitans de l’île de Céos étaient célèbres par leur moralité, et on les citait en opposition à ceux de Chio, qui étaient très dissolus.