Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/1007

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compter sur moi : sinon, je vous conseille d’y penser plus d’une fois. Or, quels étaient ces idées et ces projets ? Je n’ai pas là-dessus de simples conjectures, mais une connaissance exacte. Lorsque je vins pour la première fois à Syracuse, Dion avait à peu près quarante ans, c’est l’âge qu’a aujourd’hui son fils Hipparinos : et dès ce moment il avait [324b] la pensée qui ne l’a jamais abandonné depuis qu’il fallait rendre les Syracusains à la liberté et leur donner de sages lois. Et je ne serais pas étonné qu’un Dieu eût inspiré au fils les mêmes idées qu’au père sur le gouvernement de sa patrie. Or, comment avait-il conçu ce dessein ? C’est ce qu’il est bon d’apprendre aux jeunes gens comme aux vieillards. Je m’efforcerai donc de vous le raconter depuis le commencement ; car rien ne convient mieux aux circonstances présentes.

Dans ma jeunesse, il m’est arrivé ce qui arrive à tant d’autres : je me promis, dès que je serais mon maître, de me jeter dans les affaires [324c] publiques ; et, à ce moment, voici dans quelle situation je les trouvai. Comme il y avait un grand nombre de mécontents, un changement était devenu nécessaire : cinquante et un magistrats se mirent à la tête de cette révolution ; onze dans la ville, dix au Pirée, pour la direction des affaires de la place publique et l’administration civile ; les trente autres [324d] demeurèrent souverains maîtres. Quelques-uns de mes parents et de mes amis faisaient partie de ces derniers, et m’appelèrent bientôt à des emplois qu’ils croyaient me convenir. Ma jeunesse empêche que ce qui m’arriva doive vous étonner. Je m’imaginais qu’ils allaient faire sortir la république de la voie criminelle où elle s’était engagée pour la replacer dans la route de la justice, et j’étais attentif à toutes leurs démarches ; mais je vis bientôt qu’ils n’eurent pas besoin de demeurer long-