Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/1067

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proverbe, toute chose n’a-t-elle pas son mauvais côté ? On se plaint tantôt de la sécheresse, tantôt de la pluie, de l’adustion ou de la rouille, de la chaleur ou du froid. Et la politique si vantée, je passe sous silence bien d’autres carrières, à quels dangers nous expose-t-elle ! Elle a des joies enivrantes et des saillies de bonheur semblables aux accès de la fièvre ; mais ses revers sont cruels et pires que mille morts. Quel plaisir de vivre pour le peuple, tantôt hué, tantôt applaudi, ballotté par la foule, comme un vain jouet, sifflé, puni, tué, regretté ! C’est à toi que je le demande, Axiochus, à toi, homme d’État : où sont morts Miltiade, Thémistocle, Éphialtès, et les dix généraux qui ne sont plus ? Quand ceux-ci furent accusés, je refusai de recueillir les suffrages parce que je trouvais indigne de moi de me joindre à une populace en délire ; mais Théramène ct Callixène, ayant le lendemain corrompu les présidents de l’assemblée, les firent condamner à mort sans jugement. Tu es le seul avec Eriptolème qui ayez pris leur défense dans une assemblée de trente mille hommes.

Axioch. C’est vrai, Socrate ; et depuis lors je suis dégoûté de la tribune, et rien ne me semble plus pénible que la politique. Tous ceux qui ont mis la main à l’œuvre le savent. Tu en parles, toi, comme un spectateur éloigné ; mais nous savons bien à quoi nous en tenir, nous qui en avons fait l’expérience. Le peuple, mon cher Socrate, est un être ingrat, changeant, cruel, envieux, indomptable, composé d’une foule ramassée au hasard et d’imbéciles furieux. Celui qui s’attache à lui faire sa cour est le plus malheureux des hommes.

Socr. Eh bien, je te le demande, Axiochus, si tu regardes la carrière la plus libérale comme celle qu’on doit le moins rechercher, que penserons-nous des autres ? Ne faut-il pas les fuir ? J’ai encore entendu dire un jour