Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/1075

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le plus petit ? Nous répondrions que le plus grand est ce qui surpasse, le plus petit ce qui est surpassé. Si on ajoutait : puisque la balance, l’art de peser et les peseurs, décident sur le léger et le pesant, dites-moi ce que c’est que le léger et le pesant ; nous répondrions que le léger est ce qui monte avec le plateau de la balance et le pesant ce qui descend. Enfin, si on nous disait : puisque c’est la parole, l’art de juger et les juges, qui prononcent sur le juste et l’injuste, qu’est-ce que le juste et l’injuste ? Que pourrions-nous répondre ou n’aurions-nous rien à dire ?

L’ami. Non, rien.

Socr. Crois-tu que l’injuste s’attache aux hommes de leur plein gré ou malgré eux ; ou pour mieux dire, crois-tu que les hommes injustes le sont volontairement ou involontairement ?

L’ami. Volontairement, je crois, Socrate ; car ce sont des méchants.

Socr. Tu crois donc que les méchants et les injustes le sont volontairement ?

L’ami. Oui ; ne le crois-tu pas ?

Socr. Non ; s’il faut ajouter foi au poète.

L’ami. Quel poète ?

Socr. Celui qui a dit :


Nul n’est volontairement méchant ni involontairement heureux.

L’ami. Il a donc bien raison, Socrate, ce vieux proverbe qui dit que les poètes sont de grands menteurs.

Socr. Je serais bien étonné que le poète eut fait ici un mensonge. Mais cherchons ensemble s’il a menti ou dit la vérité. En as-tu le temps ?

L’ami. J’ai tout le temps nécessaire.