Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/951

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rienne, ne sont point visibles pour nous, et quoiqu'ils soient près de nous, nous ne les apercevons pas. Disons qu'appartenant à une espèce douée de pénétration et de mémoire, ils ont [985a] une intelligence prodigieuse, qu'ils lisent au fond de notre pensée, et que leur inclination pour les bons est aussi forte que leur aversion pour les méchants, étant par leur nature susceptibles de chagrin. Dieu seul, qui réunit en soi toute la perfection de la divinité, est exempt de tout sentiment de joie ou de tristesse; son partage est la sagesse et l'intelligence suprêmes. [985b] Tout l'univers étant ainsi rempli d'animaux, les dieux placés aux extrémités les plus reculées communiquent entre eux par ces animaux intermédiaires qui se portent, avec la plus grande agilité, tantôt vers la terre, tantôt vers le plus haut du ciel. L'eau est l'élément de la cinquième espèce d'animaux qui peuvent être mis avec raison au rang des demi-dieux. Quelquefois ils se montrent à nous, d'autres fois ils se cachent; nous ne les connaissons qu'à peine, et la vue [985c] obscure que nous en avons est toujours accompagnée de surprise.

L'existence de ces cinq espèces d'animaux étant certaine, de quelque manière qu'ils se soient fait connaître à nous, soit en songe durant le sommeil, soit par des voix et des prédictions entendues en état de santé ou de maladie, soit par des apparitions au moment de la mort, et que cette croyance soit fondée sur des opinions générales ou particulières, qui ont donné naissance à un grand nombre destitutions religieuses en divers lieux, et en feront naître encore dans la suite, il est du devoir d'un législateur, pour peu qu'il ait de prudence, de ne jamais entreprendre d'innover en cette matière et d'introduire dans l'état aucun culte qui n'aurait pas de fondement certain. [985d] Il ne doit pas non plus détourner ses concitoyens