Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/993

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fois le voyage, [313e] et que tu auras bien réfléchi sur ce que je t’aurai envoyé, je serais bien étonné si ce qui t’embarrasse à présent ne devenait pas parfaitement clair. N’hésitez donc pas de faire ce que je vous conseille : toi et Archidème vous n’entreprendrez jamais de négoce ni plus beau [314a] ni plus agréable aux dieux. Mais prends bien garde que ces mystères n’arrivent aux oreilles des ignorants ; car je crois qu’il n’y a pas de doctrine qui paraisse plus ridicule au peuple que celle-là, quoiqu’il n’y en ait pas qui plaise davantage aux hommes bien nés et qui excite plus vivement leur enthousiasme. Cette doctrine, il faut la méditer souvent, l’étudier sans cesse : comme l’or, elle ne se purifie qu’après de longues années et de grands travaux. Mais écoute ce qu’il y a ici d’étonnant : il est des hommes en assez grand nombre, tous gens d’esprit, [314b] doués d’une mémoire heureuse et d’un jugement sûr et pénétrant, déjà avancés en âge et connaissant cette doctrine depuis au moins trente ans ; eh bien, ils assurent que ce qui autrefois leur semblait le plus incroyable est maintenant pour eux très digne de foi et très certain, et que ce qui leur paraissait indubitable n’a plus aucune certitude. Garde-toi donc de perdre patience et de te laisser dégoûter par le mauvais succès que tu as eu jusqu’à ce jour. [314c] Aie soin surtout de ne rien écrire sur ces matières ; il faut tout confier à la mémoire, car on n’est jamais sûr que le papier ne nous échappera pas ; aussi je n’ai jamais rien écrit, et il n’y a et il n’y aura jamais d’ouvrage de Platon ; ceux qu’on m’attribue sont de Socrate, quand il était jeune, et déjà remarquable par sa sagesse. Adieu et crois-moi : quand tu auras lu et relu cette lettre, jette-la au feu.

En voilà assez sur ce point. Quant à Polyxène, tu es étonné que [314d] je ne te l’aie point envoyé ; mais j’ai de lui la même opinion que de Lycophron et des autres philo-