Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/995

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et sagesse », que j’ai l’habitude d’employer pour saluer mes amis quand je leur écris. Ceux qui t’accompagnaient à Delphes disent même que tu as fait usage de la première en t’adressant au Dieu, et que tu as ordonné de graver dans son temple cette inscription :


« Sois heureux, et conserve-moi la vie joyeuse d’un tyran. »


[315c] Pour moi, je ne voudrais pas même faire un pareil compliment à un homme, loin de l’adresser à un Dieu. Il ne convient pas à un Dieu parce qu’il répugne à sa nature, car un dieu ne saurait éprouver ni peine ni plaisir ; et il ne convient pas à un homme, parce que le plaisir cause souvent autant de mal que la douleur ; car il fait naître dans l’âme l’indocilité à l’étude, l’oubli, l’égarement et la violence. En voilà assez sur les compliments ; tu te serviras de la formule qui te conviendra le mieux.

Il m’est revenu de plusieurs côtés que tu disais souvent aux envoyés [315d] qui sont auprès de toi que tu avais eu le dessein de rétablir les villes grecques de Sicile et d’alléger le joug de Syracuse en substituant le gouvernement royal au gouvernement tyrannique, mais que je t’avais empêché d’accomplir ce projet malgré le vif désir que tu en avais, et qu’aujourd’hui j’enseigne à Dion les moyens d’exécuter ce que tu voulais faire, et que nous nous servons ainsi l’un et l’autre de tes propres idées [315e] pour ruiner ton pouvoir. C’est à toi de juger si de pareils discours servent bien tes intérêts ; mais certes tu es injuste envers moi en disant le contraire de la vérité. Philistide et bien d’autres m’ont assez calomnié auprès des mercenaires et du peuple de Syracuse. Je demeurais avec toi dans la citadelle, cela seul a suffi à ceux qui étaient en dehors pour rejeter sur moi toutes les fautes de ton adminis-