Page:Platon - Œuvres complètes, Les Belles Lettres, tome II.djvu/104

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


155 c GHARMIDE 5:.

à chaque extrémité du banc, l'un fut forcé de déguerpir et l'autre culbuté de côté. Charmidc prit place entre Gritias et moi. A ce moment, mon cher, je me sentis mal à l'aise et ne gardai plus rien de la belle assurance avec laquelle je m'étais promis de soutenir l'entretien. Puis, Gritias lui disant que j'étais le possesseur du remède, quand il tourna d vers moi un regard que je ne saurais dire et qu'il fit un mouvement comme pour m'interroger, quand tous les assis- tants vinrent se ranger en cercle autour de nous, alors, ô mon noble ami, j'aperçus dans l'ouverture de son manteau une beauté qui m'enflamma, je perdis la tête, et je songeai que Gydias était un grand maître en amour, lorsqu'il don- nait cet avis à un ami à propos d'un bel enfant :

Chevreau en face d'un lion,

Prends garde de ne pas te faire ta part*.

G 11 me sembla que j'étais la victime d'une rencontre toute pareille.

Cependant, quand il me demanda si je connaissais le remède contre le mal de tête, je lui répondis, non sans quelque gêne, que je le connaissais. — « Quel est ce remède? » me dit-il. Je lui répondis que c'était une certaine plante à laquelle s'ajoutait une incantation, et que l'incantation jointe au remède le rendait souverain, mais que sans elle il n'opérait

156 a pas. — « Je vais écrire, me dit-il, l'incantation sous ta

dictée. » — « Avec mon assentiment, ou de force ? » lui dis-je. — Il sourit et dit : « Avec ton assentiment, Socrate^. » — « Soit, repris-je; mais comment sais-tu mon nom? » — « Je serais bien coupable si je l'ignorais : tu es fort connu parmi ceux de mon âge, et dans mon enfance je me souviens de t'avoir vu en compagnie de Gritias. » — « Tu as raison. J'en serai d'autant plus franc avec toi dans mes explications b sur l'incantation ; mais je me demandais tout à l'heure com- ment je te ferais comprendre la puissance qui est en elle. En

��1. Gydias est inconnu. La citation donnée ici se présente sous dif- férentes formes dans les manuscrits et n'est peut-être pas d'une exac- titude littérale.

2. Socrate pose la même question à Gharmide à la fin de l'entretien, et Gharmide lui répond plaisamment qu'il est prêt à employer la force.

�� �