Page:Platon - Œuvres complètes, Les Belles Lettres, tome II.djvu/122

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162 c ClIARMIDE 6.^

que c'était lui, comme j'en avais eu le soupçon, qui avait fourni à Charmide sa délinition. Charmide, désireux d'amener Critias à prendre sa place et à défendre lui-même son œuvre, le provoquait à dessein en donnant la partie d comme perdue. Critias, piqué au vif, lui fit une querelle assez semblable à celle d'un poète contre un acteur qui a trahi son œuvre. Le regardant en face, il lui dit : « Crois-tu donc, Charmide, parce que tu ne comprends pas ces mots, faire ses propres affaires, que l'auteur de cette définition ne la comprenne pas non plus ?» — « Mon cher Critias, lui e dis-je, il n'est pas étonnant qu'un très jeune homme ne voie pas le sens de ces mots. 11 est naturel aussi que ton âge et tes études te permettent de les entendre. Si tu admets que la sagesse soit ce qu'il dit et si tu consens à prendre sa place dans la discussion, il me sera beaucoup plus agréable d'exa- miner avec toi si cette définition est juste ou non. »

— « J'admets la définition, dit Critias, et je prends la place de Charmide. » — « A merveille, répondis-je. Admets- tu aussi (c'est la question que je lui posais tout à l'heure) i63 a que les artisans fassent une œuvre ?» — « Oui. » — « Et que celte œuvre concerne non seulement eux-mêmes, mais aussi les autres? » — « Les autres aussi. » — « Ils peuvent donc être sages tout en s'occupant des affaires d'autrui ?» — « Quelle difficulté à cela ?» — « Aucune pour ce qui est de moi ; mais il en est une peut-être pour celui qui fait consister la sagesse à s'occuper de ses propres affaires, et qui ne voit ensuite aucune contradiction entre la sagesse et le fait de s'occuper des affaires des autres. » — « Reconnaître qu'on peut être sage en fabriquant pour autrui, est-ce donc dire b qu'on peut l'être en faisant les alTaires des autres? » — « Ainsi, tu distingues entre la fabrication et l'action ? » — « Sans doute ; et de même entre le travail et la fabrica- tion. Car j'ai appris d'Hésiode*, dit-il, que « le travail n'est jamais une honte ». Crois-tu donc que, s'il avait appliqué

I. Hésiode, Les Travaux et les Jours, Sog suiv. : « Le travail n'est jamais une honte : la honte est de ne rien faire. Si tu travailles, celui qui ne fait rien bientôt enviera ta richesse : richesee toujours est suivie de mérite et de gloire ». Une grande partie du poème est le développement du conseil donné par Hésiode à son frère (v. 397) : « Travaille, insensé Perses ».

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