Page:Platon - Œuvres complètes, Les Belles Lettres, tome II.djvu/144

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est, ne faul-il pas qu'il en examine aussi l'objet Ρ N'est-il pas vrai qu'une science se définit non comme science en général, mais comme étant une certaine science, la science d'un cer- tain objet? » — α C'est exact . » — « La médecine, en tant qu'elle diffère des autres sciences, se définit, avons-nous dit, par ceci qu'elle est la science du sain et du malade Ρ » — « Oui. » — « Si donc on veut examiner la valeur de la méde- cine, c'est dans ce qui la constitue qu'il faut l'examiner; car

b ce n'est évidemment pas dans ce qui lui est étranger ?» — « Sans aucun doute. » — « En d'autres termes, c'est sur le sain et le malade qu'on interrogera le médecin, en tant que médecin, si l'on veut que l'examen soit correct. » — α Natu- rellement. » — « Ce sont les paroles et les actes relatifs à cet objet qu'on examinera, pour voir si les paroles sont vraies et les actes exécutés à propos ?» — « Sans doute. » — « Mais peut-on, sans posséder la médecine, faire cette enquête ?» —

C « Non. » — « Ni personne autre qu'un médecin, ni le sage lui-même, à moins qu'il ne joigne la médecine à la sagesse? » — « Assurément. » — « Ainsi, de toute nécessité, si la sagesse n'est que la science de la science et de l'ignorance, elle est incapable de distinguer le médecin qui sait son métier de celui qui l'ignore, qu'il soit d'ailleurs un charlatan ou un homme qui se fait illusion. Et le sage ne sera pas moins désarmé à l'égard des autres sciences, à moins d'être lui-même du métier, comme tous les autres artisans. » — « C'est vraisemblable, » dit-il.

d — « Quelle est donc alors pour nous, ô Critias, l'utilité de la sagesse, si telle est sa nature? Si le sage avait, comme nous le supposions d'abord, la connaissance de ce qu'il sait et de ce qu'il ignore, en ce sens qu'il pût distinguer les choses qui lui sont connues de celles qui lui sont inconnues, et s'il avait le pouvoir de faire sur ceux qui seraient dans le même cas un travail de même sorte, ce serait pour nous un avantage immense d'être au nombre des sages : car nous vivrions exempts d'erreur, nous les sages, et tous ceux qui seraient soumis à notre direction. Nous-mêmes, en effet, au lieud'en-

e treprendre des tâches dont nous serions incapables, nous les confierions aux hommes compétents, et nous ne permettrions

de l'idée générale, sans laquelle il n'est pas de définition proprement dite, parce que l'essence des choses échappe.

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