Page:Platon - Œuvres complètes, Les Belles Lettres, tome II.djvu/152

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174 a CUARMIDE η^

doute, le plus savant homme que l'on puisse trouver sur lar terre. » — « Assurément. » — « Ce que je voudrais savoir maintenant, c'est quelle est, entre toutes ces sciences, celle qui cause son bonheur : y contribuent-elles toutes également? »

h — « En aucune façon. » — « Laquelle alors y contribue le plus ? Sur quoi porte-t-elle particulièrement entre toutes^ les choses présentes, passées et futures? Est-ce la science des dés? » — α Que veux tu dire avec ta science des dés? » — « Ou le calcul? » — « Pas le moins du monde. » — « La science de la santé? » — « Plutôt. » — « Mais celle que je cherche, celle qui vaut plus que les autres, laquelle est-ce ? » — α C'est celle du bien et du maP. »

— α Malheureux, lui dis-je, tu me faisais tourner dans un cercle, au lieu de m'avouer tout de suite que ce qui constitue

c le bonheur, ce n'est ni une vie savante en général, ni toutes les autres sciences, mais une seule, celle qui a pour objet le bien et le mal. En effet, Critias, si tu retranches cette seule science du milieu des autres, le médecin en sera-t-il moins- capable de guérir, le corroyeur de faire des chaussures, le tisserand de faire des vêtements, le pilote de prévenir les dan- gers de la mer, ou le général ceux de la guerre? » — « Nul- lement. » — « Mais, mon cher Critias, l'exécution de ces

d choses ne nous serait plus vraiment bonne et utile si cette science du bien et du mal venait à nous manquer ?» — « Tu dis vrai. » — « Or cette science-là, celle qui a pour office propre de nous être utile, n'est pas la sagesse. Elle est, en eiTet, non la science des sciences et des ignorances, mais la science du bien et du mal : si donc la science qui nous est utile est cette dernière, la sagesse n'a rien à voir avec l'uti- lité. »

e — « Comment ne nous serait-elle pas utile aussi? Si la sagesse est la science des sciences, elle préside à toutes, y compris celle du bien, et par là nous est utile. » — « Est-ce la sagesse ou la médecine qui nous donne la santé? N'est-ce pas

I . Voilà donc la discussion arrivée à designer une science parti- culière, celle du bien et du mal, comme la seule source du bonheur. Mais la sagesse ayant été définie par Critias comme la science de& sciences, il n'est plus possible de la ramener à cette science particu- lière. La vraie pensée de Socrate n'en apparaît pas moins sous le déguisement de cette dialectique négative.

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