Page:Platon - Œuvres complètes, Les Belles Lettres, tome II.djvu/156

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175 d CHARMIDE 8i

d'elle de telle sorte que cette sagesse, ainsi définie à force de concessions et de compromis, le raisonnement nous force à déclarer insolemment qu'elle ne sert à rien. En ce qui me concerne personnellement, j'en prendrais plus volontiers mon parti : maisc'cst pour toi, Charmide, que je m'indigne, quand je te vois si beau et si sage, et quand je me dis que cette

e sagesse te sera inutile, que tu ne gagneras rien dans la vie à la posséder. Mais ce qui m'irrite encore plus, c'est l'idée que celte incantation, que j'ai apprise du ïhrace et que j'ai eu tant de peine à loger dans ma mémoire, n'est d'aucune valeur pratique. A vrai dire, je ne puis croire qu'il en soit ainsi, et j'aime mieux m'accuser moi-même d'être un mauvais enquê- teur. Je reste persuadé que la sagesse est un grand bien et qup, si tu la possèdes, tu es favorisé des dieux. Vois donc si tu ne la 17C a possèdes pas déjà sans avoir besoin de l'incantation. Dans ce cas, le conseil que je te donne, c'est de me considérer comme un sot, incapable de rien trouver par le raisonnement, et de t' estimer toi-même d'autant plus heureux que tu es plus sage. »

Charmide répondit alors : « Par Zeus, je ne sais, Socrate, si je suis sage ou non. Comment saurais-je si je possède ce que vous êtes incapables de définir, à t'en croire? Cependant

b tu ne me persuades pas entièrement et je suis bien sur d'avoir besoin de l'incantation : je suis prêt, pour ma part, à l'en- tendre tous les jours de ta bouche, jusqu'à ce que tu trouves toi-même la mesure suffisante*. » — « Fort bien, Charmide, reprit Critias ; à mes yeux, la preuve de ta sagesse sera de le livrer à l'incantation de Socrate et de ne le quitter ni peu ni prou. » — « Sois sûr, dit-il, que je le suivrai obstinément : tu es mon tuteur et ce serait bien mal à moi de ne pas obéir

c à les ordres. » — « Je te l'ordonne, » dit Critias. — « J'obéis

��I. Charmide reste fidèle à son caractère sage et modeste : il sait qu'il ne sait pas. C'est le premier degré de la sagesse aux yeux de Socrale et le trait par lequel se font reconnaître les hommes capables de philosophie. Ceux-là seuls sont ses vrais disciples, sur lesquels peut s'exercer sa maïeiitique : il peut accoucher leurs esprits, parce qu'ils ont en eux le germe de la sagesse. Ceux qui manquent de celte sagesse ou d'une curiosité vraiment philosophique, il les renvoie à Prodicos, on sait que Xénophon passe povir avoir été l'élève de Pro- dicos en même temps que de Socrate.

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