Page:Platon - Œuvres complètes, Les Belles Lettres, tome II.djvu/16

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où il écrivit l’Hippias majeur, fût encore un simple écho de Socrate : les grands métaphysiciens, en général, n'attendent pas la fin de leur carrière pour trouver l'idée-mère de leur système. Mais il est au moins permis d'en conclure que Platon, à cette époque, ne jugeait pas inutile d'insister encore sur la conception plus simple de Socrate, et qu'en effet ce n'était pas hors de propos, puisque l'Hippias du dialogue a tant de peine à la comprendre. Quoi qu'il en soit, une discussion de ce genre ne peut guère appartenir qu'à la période de ses débuts.

On est conduit à la même conclusion par le caractère de l'argumentation, extrêmement subtile et d'une raideur quasi-géométrique, mais trop souvent verbale, non sans quelques traces de sophisme. La raideur géométrique et le verbalisme sont, il est vrai, fréquents chez Platon dans tous les dialogues ; ici pourtant cette tendance se manifeste avec une force qui semble trahir l'influence récente de Mégare.

La beauté qu'il s'agit de définir n'est pas seulement la beauté sensible : on voit à plusieurs reprises que la beauté des mœurs, des lois, des institutions est présente aussi à la pensée de Platon, et que les deux sortes de beauté sont pour lui étroitement liées. Mais, en fait, la discussion proprement dite ne porte que sur la beauté sensible.

En terminant cette discussion, Socrate laisse entendre à la fois que l'identité du beau et du bien n'a pas été démontrée et que cependant cette identité paraît nécessaire ; puis il conclut par l'aveu ironique de son impuissance. On sait que ces conclusions négatives, qui laissent la question en suspens, sont fréquentes chez Platon. Nous en retrouverons d'analogues dans les trois dialogues suivants. Il est clair que ce scepticisme apparent n'est que provisoire : la solution définitive, aux yeux de Platon, devait se trouver soit dans une dialectique poussée plus loin, soit dans une métaphysique mystique qui peut-être n'était pas encore arrêtée dans son esprit, mais qui devait aboutir à la théorie des Idées. Dans l’Hippias majeur, dialogue du genre « anatreptique », comme disaient les anciens, il a voulu seulement « renverser » des définitions hâtives et peut-être des théories réellement soutenues par quelques contemporains. Ce dialogue ne correspond qu'à une étape préparatoire dans la recherche méthodique de la vérité.