Page:Platon - Œuvres complètes, Les Belles Lettres, tome II.djvu/210

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193 Ο LACHES 1 1 1

Lâchés. — Comment le nier, Socrale ?

SocRATE. — Impossible en effet, si l'on cri juge ainsi.

Lâchés. — Mais c'est bien ainsi que j'en juge.

SocRATE. — Cependant, Lâches, il y a moins d'intelligence à courir ce risque et à l'affronter sans expérience qu'avec la connaissance de l'art.

Lachès. — C'est probable. d SocRATE. — N'avons-nous pas dit tout à l'heure que la force et l'énergie dénuées d'intelligence étaient laides et nui- sibles ?

Lâchés. — Oui.

SocRATE. — Et nous avons reconnu que lo courage était une belle chose.

Lâchés. — Nous en sommes tombés d'accord.

SocRATE. — Or voici maintenant que, tout au contraire, nous appelons courage cette chose laide, une force d'âme déraisonnable.

Lâchés. — C'est vrai.

SocRATE. — Juges-tu donc que nous ayons bien raisonné ?

Lâchés. — Pas du tout, Socrate, par Zeus !

SocRATE. — Ainsi, pour reprendre ton expression, notre e harmonie n'a rien de doricn, mon cher Lâches ; car nos actes ne s'accordent pas avec nos paroles, puisque dans notre vie, semble-t-il, on nous reconnaît du courage, tandis que dans nos discours, si l'on nous entendait, on ne saurait trouver cette qualité.

Lâchés. — Rien n'est plus vrai.

Socrate. — Que faire ? Trouves-tu que nous soyons en. belle posture ?

Lâchés. — Pas le moins du monde.

Socrate. — Veux-tu que noxis nous^ Lâchés renonce soumettions à l'invitation que nous^ et fait place adressent nos discours ?

à Nicias. Lâchés. — Quelle invitation ? Quels,

discours? 194 a Socrate. — Le discours qui nous invite à montrer dé lai force d'âme. Si tu le veux bien, nous aurons celle de persister dans notre recherche, sans quoi le courage lui-même nou5> raillerait de le chercher avec si peu de courage, puisque la force d'âme se confond souvent avec le courage.

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