Page:Platon - Œuvres complètes, Les Belles Lettres, tome II.djvu/252

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qui, voyant un certain nombre d’assistants autour de nous, alla se cacher derrière eux de manière à n’être pas aperçu de Lysis, qu’il craignait de fâcher, et il resta debout pour écouter.

Début
de la conversation ayec Ménexène, puis Lysis. Pourquoi les enfants obéissent aux parents.

[207c] Je regardai alors Ménexène et je lui dis : — « Fils de Démophon, lequel de vous deux est le plus âgé ? » — « Nous en disputons, dit-il. » — « Disputez-vous aussi sur la question de savoir lequel est le mieux né ? » — « Assurément. — « Ou le plus beau ? » — Tous deux se mirent à rire. Je repris : — « Je ne vous demanderai pas lequel est le plus riche, car vous êtes amis, n’est-ce pas ? » — « Très amis, » répondirent-ils. — « Eh bien, tout est commun entre amis, dit-on[1], de sorte que vous ne pouvez être inégaux à cet égard, si ce que vous dites de votre amitié est vrai. » — Ils en tombèrent d’accord.

[207d] J’allais leur demander lequel était le plus juste et le plus savant, lorsque je fus interrompu par le départ de Ménexène, qu’on vint chercher de la part du pédotribe : je crois qu’il avait un rite religieux à accomplir[2].

Après qu’il fut parti, j’interrogeai Lysis : — « Je pense, Lysis, que ton père et ta mère t’aiment fort? » — « Sans doute. » — « Ils te souhaitent donc le plus grand bonheur [207e] possible ? » — « Évidemment. — « Crois-tu qu’on puisse être heureux si l’on est esclave et hors d’état de faire ce qu’on veut ? » — « Non certes. »

— « Par conséquent, si ton père et ta mère te chérissent, s’ils désirent ton bonheur, ils cherchent tous les moyens de t’assurer ce bonheur ? » — « Assurément. » — « Ils te laissent donc faire toutes tes volontés sans jamais te réprimander ni te rien défendre ? » — « Pas le moins du monde, Socrate ; ils me défendent une foule de choses. »

— « Que me dis-tu ? Ils veulent ton bonheur et t’empê-

  1. Cette locution proverbiale semble avoir été d’abord une maxime pythagoricienne.
  2. La surveillance des rites religieux propres à la palestre était une des fonctions du pédotribe. A son rôle essentiel de maître de gymnastique, il ajoutait aussi parfois une sorte de direction médicale (cf. Rép., III, 406 a–b).