Page:Platon - Œuvres complètes, Les Belles Lettres, tome II.djvu/262

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répondis-je ; car tu m’as écouté avec beaucoup d’attention. » — « C’est vrai, dit-il. » — « Essaie donc, dis-je, de garder mes paroles aussi fidèlement que possible dans ta mémoire afin de les lui rapporter clairement. Si quelque détail vient à [211b] t’échapper, tu n’auras qu’à me le redemander à l’occasion. » — « C’est ce que je ne manquerai pas de faire, Socrate, et de bon cœur, sois-en sûr. Mais dis-lui quelque autre chose dont je puisse aussi faire mon profit, en attendant qu’il soit l’heure de rentrer. » — « Je l’obéirai, puisque tu l'exiges ; mais n’oublie pas de venir à mon aide, si Ménexène essaie de me rétorquer: tu sais qu’il est grand disputeur. » — « Oui, par Zeus, il l’est terriblement, et c’est pour cela que je désire te voir [211c] causer avec lui. » — « Pour que je me rende ridicule ? » — « Non, mais pour que tu le remettes à sa place. » — « Comment m’y prendre ? Ce n’est pas facile ; Ménexène est un rude jouteur : il est l’élève de Ctésippe. Mais voici Ctésippe lui-même ; ne le vois-tu pas ? » — « Ne t’inquiète pas de lui, Socrate ; cause avec Ménexène tout à ton aise. » — « Causons donc, repris-je. »

Comme nous parlions ainsi entre nous, Ctésippe nous inter- rompit : — « A quoi pensez-vous, dit-il, de garder ce festin pour vous seuls et de nous laisser en dehors de l'entretien ? » [211d] — « Entrez-y donc, repris-je. Lysis déclare ne pas bien saisir ma pensée, mais croit que Ménexène la comprendrait et désire qu’on l’interroge. »

Début
de la discussion avec Ménexène.

— « Qu’est-ce qui t’empêche de l’interroger ? » — « Soit ; interrogeons-le. Je te prie de répondre, Ménexène, à une question[1]. Depuis mon enfance, il est une chose que j’ai toujours désirée ; chacun a sa passion : [211e] pour l’un, ce sont les chevaux, pour un autre les chiens, pour un autre l’or ou les honneurs. Quant à moi, tous ces objets me laissent froid ; mais je désire passionnément acquérir des amis, et un bon ami me plairait infiniment plus que la plus belle caille du monde, le plus beau des coqs, voire même, par Zeus, le plus beau des chevaux ou des chiens. Je crois, par le chien ! que je préférerais un ami à tous les trésors

  1. La discussion, avec Ménexène, va prendre un tour beaucoup plus abstrait que précédemment. Il ne s’agit plus de déterminer une des conditions extérieures de l’amitié ou le profit qu’elle procure ; il s’agit d’en analyser les causes générales et profondes, quelles que soient les formes variables qu'elle puisse revêtir.