Page:Platon - Œuvres complètes, Les Belles Lettres, tome II.djvu/268

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— « Comment sortir de là, repris-je, si les amis ne sont ni ceux qui aiment, ni ceux qui sont aimés, ni ceux qui à la fois aiment et sont aimés, et s’il faut chercher ailleurs ceux [213d] qui sont amis entre eux ? » — « Par Zeus, Socrate, je ne sais trop que répondre. » — « Peut-être, Ménexène, avons-nous al dirigé toute cette recherche. » — « Je le crois, en effet, Socrate », dit Lysis, qui rougit en disant ces mots : il me parut en effet que cette interruption lui était échappée malgré lui dans l’ardeur de son attention, qui n’avait cessé d’être visible.

Conversation
avec Lysis : les opinions des poètes.
La ressemblance.

Désireux donc de donner quelque relâche à Ménexène et charmé par la curiosité sérieuse de son ami, j’engageai l’entre-[213e]tien avec Lysis et je lui dis : — « Tu as raison, Lysis, de dire que, si nous avions bien conduit notre examen, nous aurions évité de nous égarer ainsi. Il faut donc changer de route, car c’est une route difficile que celle où notre recherche s’était engagée. Prenons plutôt celle où nous avons fait quelques pas et interrogeons les poètes. Les poètes, en effet, sont les pères [214a] de toute science et nos guides. Ils ont sur l’amitié, lorsqu’une fois elle est née, de belles maximes ; mais c’est la divinité elle-même, à les en croire, qui la fait naître, en poussant les amis l’un vers l’autre :

Toujours un dieu pousse le semblable vers le semblable[1].

[214b] et il le lui fait connaître : as-tu déjà lu ces vers ? » — « Oui, » dit-il. — « Tu connais sans doute aussi les écrits des savants, où il est dit pareillement que le semblable est toujours et nécessairement l’ami du semblable ? Je parle de ceux qui ont discouru et écrit sur l’origine des choses et sur le Tout[2]. » — « Oui. » — « N’est-il pas vrai qu’ils ont raison ?» — « Peut-être, » dit-il.

— « Peut-être à moitié raison, mais peut-être aussi tout à fait, si nous savons les entendre. Il nous semble que le

  1. Od., XVII, 218.
  2. Il s’agit ici des physiciens d’Ionie, des Éléates, et des autres anciens philosophes, y compris Empédocle d’Agrigente. On sait la place que faisait Empédocle à l’Amitié (φιλία) et à la Querelle (νεῖκος) dans son système du monde.