Page:Platon - Œuvres complètes, Les Belles Lettres, tome II.djvu/278

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


choses, quand un accident les affecte, prennent la qualité de cet accident, et d’autres non. Par exemple, si l’on teint un objet, la teinture est un accident qui affecte la chose teinte. » — « Sans doute. » — « En résulte-t-il qu’un objet, dans ce cas, soit de la même couleur que la teinture ? » — « Je ne comprends pas bien, dit-il. » — « Je m’explique, dis-je. [217d] Tu as les cheveux blonds : si l’on y met de la céruse, seront-ils blancs, ou n’en auront-ils que l’apparence ? » — « Ce serait une simple apparence. » — « Cependant la blancheur serait en eux. » — « Oui. » — « Et malgré cela ils ne seraient pas encore blancs, et la présence de cette blancheur ne les rendrait ni blancs ni noirs. » — « C’est vrai. » — « Mais quand la vieillesse leur donnera cette même couleur, les voilà devenus, par la présence de la blancheur, identiques à ce [217e] qui les affecte. » — « Évidemment. » — « Voici donc ce que je te demande : un objet est-il toujours pareil à l’accident dont il est affecté, ou bien est-ce tantôt vrai, tantôt non, selon la manière dont il est affecté par l’accident ? » — « C’est la seconde idée qui est exacte. » — « Ce qui n’est ni bon ni mauvais peut donc, si quelque mal l’affecte, tantôt ne pas être encore mauvais, et tantôt au contraire le devenir. » — « Certainement. » — « Par conséquent, lorsque la présence du mal ne l’a pas encore gâté, cette présence même excite en lui le désir du bien. Si elle l’a gâté, au contraire, elle le rend incapable de désirer le bien et de l’aimer. Car on ne peut plus dire alors qu’il ne soit ni bon ni mauvais : il est mauvais, et nous avons dit que le mauvais ne peut être [218a] l’ami du bon. » — « Non certes. » — « Pour la même raison, nous pouvons dire aussi que ceux qui sont en possession de la science ne sont plus amis de la science, qu’ils soient dieux ou hommes ; et que d’autre part on ne peut être ami de la science si l’on pousse l’ignorance au point d’en devenir mauvais, car on ne voit jamais les hommes tout à fait mauvais et illettrés aimer la science. Restent ceux qui, sans être exempts de ce mal d’ignorance, n’en sont pas atteints jusqu’à n’avoir plus ni intelligence ni connaissance d’aucune sorte, mais qui se rendent compte de leur propre ignorance. [218b] C’est ainsi que ceux-là sont amis de la science ou philosophes