Page:Platon - Œuvres complètes, Les Belles Lettres, tome II.djvu/64

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Hippias. — Sans aucun doute.

Socrate. — Mais l’avantageux, c’est ce qui produit du bien ?

Hippias. — Oui.

Socrate. — Et ce qui produit un effet, c’est une cause : qu’en dis-tu ?

Hippias. — Assurément.

[297a] Socrate. — De sorte que le beau serait la cause du bien.

Hippias. — Oui.

Socrate. — Mais la cause, Hippias, ne peut être identique à son effet : car la cause ne peut être cause de la cause. Réfléchis : n’avons-nous pas reconnu que la cause est ce qui produit un effet ?

Hippias. — Oui.

Socrate. — Or l’effet est un produit, non un producteur ?

Hippias. — C’est exact.

Socrate. — Et le produit est distinct du producteur ?

Hippias. — Oui.

Socrate. — Donc la cause ne peut produire la cause ; elle produit l’effet qui vient d’elle.

Hippias. — Très juste.

Socrate. — Si donc le beau est la cause du bien, le bien est produit par le beau. Et c’est pour cela, semble-t-il, que nous recherchons la sagesse et toutes les belles choses ; c’est que l’œuvre qu’elles produisent et qu’elles enfantent, je veux dire le bien, mérite elle-même d’être recherchée ; de sorte qu’en définitive le beau serait quelque chose comme le père du bien[1].

Hippias. — À merveille ! Ton langage est parfait, Socrate.

Socrate. — Voici qui n’est pas moins parfait : c’est que le père n’est pas le fils et que le fils n’est pas le père.

[c] Hippias. — On ne peut plus juste.

Socrate. — Et que la cause n’est pas l’effet, ni l’effet la cause.

  1. Cette discussion très subtile est, à vrai dire, surtout verbale, dans la pensée même de Socrate, puisqu’elle va aboutir à une conséquence qui sera rejetée. En fait, l’usage courant de la langue appelle souvent le même objet beau ou bon en donnant à ces deux mots presque la même valeur. La nuance, toute subjective, est très légère. Et Socrate, au fond, est du même avis que l’usage.