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PROTAGORAS

interroger sur ce qu’ils ont voulu dire et auxquels, lorsqu’on les invoque à propos d’une question que les raisonnements n’ont pu résoudre, les uns font dire une chose et les autres une autre. Mais les honnêtes gens évitent ce genre de réunions ; ils s’entretiennent entre eux par leurs propres ressources, se demandant et se rendant compte les uns aux autres de ce qu’ils valent, en des propos qu’ils ne tirent que d’eux-mêmes. Voilà, selon moi, l’exemple que nous devons suivre, toi et moi : laissons de côté les poètes et causons entre nous, par nos seuls moyens, en essayant de mettre à l’épreuve la vérité de nos discours et nos propres forces. Au reste, si tu veux continuer à m’interroger, je suis prêt à soumettre mes réponses à ton examen, comme aussi à examiner les tiennes, si tu le préfères, de telle sorte que nous puissions conduire à son terme la recherche que nous avions entamée, puis interrompue. »

Tandis que je disais ces choses et d’autres du même genre, Protagoras ne laissait voir en aucune façon ce qu’il préférait. Alcibiade alors, se tournant vers Callias, lui dit : « Callias, est-ce que tu approuves ces réticences de Protagoras qui ne nous dit ni s’il accepte de discuter, ni s’il s’y refuse ? Pour moi, je trouve qu’il a tort : qu’il discute, ou qu’il dise nettement qu’il ne veut pas discuter, afin que nous soyons fixés à son égard et que Socrate ou quelque autre puisse discuter avec qui voudra. » Il me parut que ces paroles d’Alcibiade, suivies des instances de Callias et de la plupart des assistants, donnaient quelque confusion à Protagoras, et qu’elles le déterminèrent enfin, non sans peine, à accepter la discussion : il me pria de l’interroger, disant qu’il répondrait.


Reprise de la discussion dialectique entre Socrate et Protagoras.

Je lui dis alors : « Si je désire discuter avec toi, Protagoras, ne m’attribue pas d’autres motifs que le désir d’élucider des questions qui m’embarrassent moi-même. Je suis tout à fait de l’avis d’Homère[1] quand il dit :

Deux hommes marchant ensemble, l’un peut voir avant l’autre.

  1. Homère, Iliade, X, 224.