Page:Plaute - Comédies, traduction Sommer, 1876, tome 1.djvu/39

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



JUPITER. Maintenant, de peur qu’on ne remarque mon absence, il faut que je m’en retourne à petit bruit ; sans quoi l’on dirait que j’ai préféré mon épouse au bien de l’État.

ALCMÈNE. Oui, on s’en va et on laisse sa femme tout en larmes.

JUPITER. Tais-toi. Ne rougis pas ces beaux yeux ; je serai de retour dans un moment.

ALCMÈNE. Ce moment, c’est un siècle.

JUPITER. Si je te quitte, si je m’éloigne de toi, ce n’est pas de gaieté de cœur.

ALCMÈNE. Je vous crois ; la même nuit vous voit arriver et repartir.

JUPITER. Ne me retiens plus. Voici l’heure ; je veux sortir de la ville avant qu’il fasse jour. Mais prends cette coupe, chère Alcmène, c’est le prix de ma valeur ; c’est la coupe du roi Ptérélas, que j’ai tué de ma main.

ALCMÈNE. Je vous reconnais bien là. Certes, voilà un présent digne de celui qui l’offre.

MERCURE. Digne plutôt de celle qui le reçoit.

JUPITER. Encore ! tu veux donc que je t’assomme, pendard ?

ALCMÈNE. Amphitryon, pour l’amour de moi, point de colère contre Sosie.

JUPITER. Je t’obéis.

MERCURE, à part. Comme l’amour le rend brutal !

JUPITER. Tu n’as plus rien à me dire ?

ALCMÈNE. Aime-moi toujours, quoique loin de moi ; absente, ne suis-je pas encore tienne ?

MERCURE. Partons, Amphitryon, voici le jour.

JUPITER. Va devant. Sosie, je te suis. (À Alcmène.) Est-ce tout ?

ALCMÈNE. Non : reviens bien vite.

JUPITER. Oui, je serai de retour plus tôt que tu ne penses ; ne te tourmente point. (Alcmène sort.) Maintenant, ô nuit, tu m’as assez attendu, va, fais place au soleil, que sa blanche et pure lumière luise sur les mortels. Tu as été plus longue que d’ordinaire, mais je veux abréger le jour, afin que tout se compense et que les jours et les nuits rentrent dans l’ordre accoutumé… Allons, rejoignons Mercure.


__________