Page:Pline l'ancien - Histoire naturelle, Littré, T1 - 1848.djvu/168

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


comme nous le dirons en son lieu (XVIII, 13 ), en éprouvent l’influence; et la force qu’elle possède pénètre partout.

CIII. (C.) [1] Au contraire, le soleil par sa chaleur, dessèche les liquides; c’est, d’après l’opinion reçue, un astre mâle qui brûle et absorbe tout.


CIV. [1] Ainsi la mer, malgré sa vaste étendue, en reçoit une saveur salée, soit que la force ignée en attire les parties douces et ténues qui sont les plus faciles à enlever, et laisse ce qui est plus âpre et plus épais (raison qui fait que l’eau profonde est plus douce que l’eau de la superficie, et par laquelle on explique bien plus véritablement le goût amer qu’en disant que la mer est la sueur éternelle de la terre), soit que le mélange de vapeurs arides produise cet effet, soit que la terre par sa nature gâte le goût des eaux de mer, comme elle gâte celui des sources médicinales.

[2] On rapporte qu’au moment où Denys, tyran de Sicile, fut chassé du trône, la mer, par un prodige, devint douce dans le port pendant un jour.

[3] (CI.) Au contraire, on regarde la lune comme un astre femelle et mou, qui résout les humidités nocturnes, et sans les enlever, violemment les attire. On dit en preuve que les cadavres des animaux tombent en putréfaction sous son regard; qu’elle jette dans le coma les personnes endormies: qu’elle fond la glace, et qu’elle relâche tout par son souffle humide:

[4] qu’ainsi les choses se compensent, et que la nature se suffit toujours a elle­même par l’action des astres, dont les uns condensent et les autres raréfient les éléments. On ajoute que l’aliment de la lune est dans les eaux douces, celui du soleil, dans les eaux de la mer.

CV. (CII.) [1] Selon Fabianus, la plus grande profondeur de la mer est de quinze stades (mètres 2,760). D’autres assurent que dans le Pont-Euxin. en face de la nation des Coraxiens, dans un lieu appelé les Abîmes du Pont, à trois cent stades (kil. 55,2) environ du continent, la mer a une profondeur sans bornes, et qu’on n’y a jamais trouvé le fond.

CVI. (CIII.) [1] Ce qu’il y a de plus singulier dans la salure de la mer, c’est que, sur le bord, des eaux douces jaillissent comme par des tuyaux. Au reste, l’eau est un élément qui ne cesse de présenter des merveilles. Les eaux douces surnagent celles de la mer, en raison de leur plus grande légèreté sans aucun doute. Aussi les eaux marines, dont la nature est plus pesante, soutiennent mieux les corps qui y sont plongés. Il y a même des eaux douces qui se surnagent l’une l’autre.

[2] comme, dans le lac Fucin, la rivière (XXXI, 24) qui le traverse; dans le lac de Laris, l’Adda; dans celui de Verbanum, le Tésin ; dans le Bénac, le Mincio; dans le lac Sevin, I’Ollius; dans le lac Léman le Rhône (celui-ci est au delà des Alpes, les autres sont en Italie). Tous ces fleuves, recevant pour ainsi dire, l’hospitalité dans un trajet de plusieurs milles, n’emmènent que leurs eaux, et ne sortent pas plus gros qu’ils ne sont entrés. On rapporte le même fait de l’Oronte (V, 18), rivière de Syrie, et de plusieurs autres (VI, 31).

[3] Quelques cours d’eau, par antipathie pour la mer, en gagnent le fond : telle est l’Aréthuse, source de Syracuse, où se retrouvent les choses jetées dans l’Alphée, qui, traversant Olympie, a son embouchure sur le rivage du Péloponnèse. Il y a des fleuves qui deviennent souterrains, puis reparaissent à la lumière : le Lycus en Asie, l’Erasinus dans l’Argolide, le Tigre dans la Mésopotamie (VI, 31). Les choses jetées dans la fontaine